AGBOVILLE / LES FEMMES QUI NOURRISSENT L’AFRIQUE RECLAMENT JUSTICE
Le mouvement panafricain « Nous Sommes la Solution » a réuni des femmes rurales de Côte d’Ivoire et de Guinée durant deux jours pour produire la Déclaration d’Agboville. Un cri de cœur pour la terre, les semences et le financement.
« Vous êtes ici chez vous, car la terre ne connaît pas les frontières ». En une phrase, Konan Monique, Coordinatrice nationale du mouvement Nous Sommes la Solution (NSS) Côte d’Ivoire, a résumé l’esprit de la Journée internationale de la femme rurale (JIFR) 2026 célébrée les 15 et 16 octobre à l’Hôtel Nela, à Agboville. Venue de San Pédro, Tanda, Bouaké, Dabou et de Guinée, une centaine de femmes se sont réunies autour du thème : : « la justice climatique et de la souveraineté alimentaire ».
Représentant le Préfet Sihindou Coulibaly, le SG1 Jean-Jacques Atsain a ouvert l’atelier de formation du 15 octobre par un hommage appuyé : « Vous, les femmes du milieu rural, vous vous levez chaque jour pour que nous puissions nous nourrir. On décore souvent ceux qui sont dans les bureaux, mais c’est grâce à vous que nous sommes dans les bureaux ». Il a invité les femmes à « rester unies » au-delà des ethnies.
Pour Konan Monique, Présidente de l’ONG Blah Djassoh, l’heure est à la reconnaissance des mérites : « La femme rurale n’est pas une ratée, elle est le centre de notre société. La semence que conserve une femme en Côte d’Ivoire ressemble à celle conservée par une femme en Guinée. Nos préoccupations sont les mêmes : accès à la terre, au financement, aux marchés et protection de nos semences ».
Le message a été renforcé par Dr Souleymane Cissé, spécialiste en environnement : « Ceux qui polluent ne sont pas ceux qui subissent. Quand vous prenez une décision sans celles qui la subissent, les décisions ne sont pas viables ».
Venue de Kankan, Kamanou Sia Anne-Marie, Coordinatrice NSS Guinée, a rappelé la force du réseau : lancé en 2011, appuyé par Fahamu (Nairobi), NSS est aujourd’hui présent dans 12 pays et compte plus de 250 000 membres. « En Afrique, les femmes assurent 70% de la production alimentaire et presque 100% de la transformation. Elles sont la cheville ouvrière des exploitations familiales ». Son plaidoyer est simple : arrêter de subventionner les produits chimiques pour soutenir « le fumier, le compost et les semences paysannes ».
Ce qu’elles dénoncent dans la Déclaration d’Agboville
Lue solennellement le 16 octobre, la Déclaration d’Agboville liste 4 urgences : La terre leur échappe : « Une femme qui se marie est déjà perdue pour la famille », donc pas d’héritage. Elles cultivent des parcelles prêtées, qu’elles peuvent perdre après un conflit ou un changement de chef. Le tout aggravé par l’orpaillage clandestin qui détruit les terres et pollue l’eau.
Leurs semences disparaissent : Perte de variétés locales, dépendance aux semences achetées.
Le climat les frappe : Pluies irrégulières, inondations, sols appauvris, sans équipements de stockage. Enfin, elles sont invisibles : Faible participation aux décisions sur la terre et le climat.
Au vu tout ceci, les femmes exigent une parcelle communautaire sécurisée pour les femmes dans chaque village, des financements adaptés à la saisonnalité agricole, des banques de semences paysannes et une reconnaissance juridique de leurs coopératives pour accéder aux marchés.
Elles concluent : « Nous ne voulons plus être considérées comme des bénéficiaires. Nous sommes productrices, entrepreneures, gardiennes des semences, protectrices de la biodiversité. Nous nourrissons le monde avec nos mains. Produisons ce que nous mangeons et consommons ce que nous produisons ».
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